Stallman à Sophia, et nous aussi !

RMS Saint de l'église Emacs

Ce lundi 5 mai, c'était la grand messe de Richard Stallman, organisée par Roger Marlin de l'école Polytech'Nice-Sophia. L'événement a drainé une foule nombreuse, principalement constituée d'étudiants de l'école qui n'avaient pas eu la chance d'assister à l'édition 2004 de la venue de RMS.

L'amphi était plein

Après une présentation du saint de l'église d'Emacs, la conférence pouvait commencer.

RMS et Cap'tain Roro

Liberté, Égalité, Fraternité

C'est ainsi que RMS ouvre le bal en faisant cette analogie entre les Logiciels Libres et la devise de la république française. A l'inverse, les logiciels "privateurs" (NdR: comprendre 'les logiciels propriétaires') qui sont selon RMS "un piège pour attirer les utilisateurs à céder leurs libertés". Les logiciels libres sont régis par les 4 libertés fondamentales :

  • L0 : la liberté d'exécuter le programme sans contrainte
  • L1 : La liberté d'avoir accès au code source des programmes pour l'étudier ou l'adapter à ses besoins
  • L2 : la liberté de pouvoir distribuer des copies des programmes
  • L3 : la possibilité de pouvoir redistribuer des copies modifiées des programmes

Les logiciels propriétaires violent tous une ou plusieurs de ces libertés, voire toutes ! Violer la liberté 2 pose le problème éthique de ne pas pouvoir aider son prochain, ou son voisin. "Si tu peux éviter de faire du mal à quelqu'un, choisi celui qui mérite le plus" nous rappelle RMS, sous entendu que les grandes compagnies de logiciels propriétaires ne sont pas à plaindre...
Pour la liberté 0, celle qui semble la plus simple à appliquer, certains logiciels "comme un que tu as du entendre le nom qui s'appelle Microsoft Windows", restreignent même l'utilisation des copies légales par des procédure d'activation fastidieuses.
La liberté 1 est la plus souvent violée par les logiciels propriétaires pour garder le secret de leur conception, d'autant plus depuis l'utilisation des DRM, ou "menottes numériques". Sous couvert de prétendre protéger les droits d'auteurs, RMS avance l'hypothèse aue les DRM sont dus à une conspiration pour restreindre la concurrence. La Free Software Foundation (FSF) mène d'ailleurs une lutte contre les DRM via le site http://defectivebydesign.org permettant de s'inscrire et participer aux manifestations contre les DRM. Violer la liberté 1 conduit aussi à permettre les portes dérobées, et à faire subir à l'utilisateur tous les bugs que peuvent contenir un programme sans lui permettre de les corriger.
La liberté 3, systématiquement bafouée par les logiciels propriétaires est pourtant nécessaires pour permettre aux personnes ne sachant pas programmer de bénéficier de versions adaptées à leurs besoin.

Finalement, l'ensemble de ces 4 libertés permettent une informatique démocratique.

Genèse du projet GNU

C'est en 1983 que RMS à décidé de concrétiser ces idées le liberté en partant du constat simple que pour utiliser un ordinateur, on est obligé d'utiliser un système d'exploitation, or à cette époque, il n'existait aucun système d'exploitation 'libre'. RMS décidait donc de se lancer dans l'aventure. "L'aventure vaut le coup, seulement si la victoire n'est pas assurée". C'est par goût du défi et de la programmation que RMS a commencé le développement sur une base compatible UNIX, en voulant faire un système portable et en substituant chacun des éléments propriétaires par un équivalent libre. Ainsi naissait le projet GNU, jeux de mot d'informaticien signifiant GNU's Not Unix (GNU, c'est pas UNIX) à la fin des années 80, la grande majorité du travail est fonctionnelle. Il manque cependant un élément important : le noyau. RMS et les autres développeurs décidaient alors de se baser sur un micro-noyau sur lequel il fallait développer la couche supérieure constituée d'un ensemble de petits serveurs. Le noyau HURD prenait forme. En parallèle, un informaticien finlandais nommé Linus Torvalds, s'intéressant au projet GNU, a réussi à obtenir en un an un noyau fonctionnel pour le projet GNU. 1991, le noyau Linux était né, mais sous une licence non libre. C'est en 92 que le noyau Linux adopte la licence GNU GPL de la FSF. le projet GNU et le projet Linux continuèrent à évoluer en parallèle. Le noyau Linux finit par devenir vraiment utilisable au sein du système GNU, ce qui marque le début de l'ère des distributions.

GNU est le seul système d'exploitation libre, et Linux est un de ses noyaux

C'est avec beaucoup d'insistance que RMS rappelle que même si Linux a fait le dernier pas pour rendre le système complet utilisable par tous les utilisateurs, il serait malhonnête de négliger les 10 ans de travail qui ont été fournis par RMS et les autres développeurs du projet GNU pour mettre en place le reste du système.
RMS et Linus n'avaient pas les mêmes objectifs : Selon RMS, Linus ne prêche que pour la performance et la fonctionnalité, alors que RMS conserve la philosophie du logiciel libre à la base de son travail. "Il est primordial de ne pas dissocier l'idéologie des logiciels libres du produit installable". C'est pour cela qu'il est plus correct de dire GNU/Linux (ou GNU and Linux, ou GNU-Linux...) et de ne pas faire le raccourci d'appeler le système 'Linux' tout court.

Le travail dans l'informatique

Les éditeurs de logiciels propriétaires avancent l'argument que les logiciels libres 'tuent' le marché des logiciels. Il n'en est rien ! Le développement des logiciels ne représente qu'une infime partie de l'activité des sociétés de logiciels. Elles vendent du support, de la personnalisation. Avec les logiciels libres, la brique logicielle de base est gratuite la plupart du temps, certes. Cependant, les développements sur mesure son toujours négociables pour une société qui en a besoin. De plus, les structures de support sont ouvertes : on n'est plus obligé de passer par une structure affiliée à l'auteur du logiciel, on peut choisir un service de proximité, faire jouer la concurrence.
RMS précise alors que s'il est possible que le logiciel libre cause des r'uction d'effectif dans les "sociétés qui ôtent les libertés des utilisateurs", il en crée au moins autant dans les activités parallèles.

Logiciels Libres dans l'enseignement (de linformatique)

"Toutes les universités et les écoles ne devraient utiliser que des logiciels libres" affirme RMS en avançant plusieurs arguments :
Raison de coût. Les logiciels libres sont le plus souvent gratuits, téléchargeables directement sur le net. Les étudiants, les professeurs, tout le monde peut bénéficier sans frais au logiciels utilisés pour l'enseignement et les activités connexes. Les éditeurs de logiciels propriétaires répliquent à cette aubaine en fournissant à moindre coût, voire gratuitement pour les enseignants et les professeurs, les licences de leurs produits. Par exemple, Microsoft propose le programme MSDN Academic Alliance. Il ne faut pas se méprendre sur la volonté des éditeurs pratiquants ce type de 'partenariat'. c'est une manière de créer une dépendance des élèves et des professeurs aux solutions propriétaires. Les enseignements sont prodigués sur les produits propriétaires et l'élève ne connait rien d'autre. Il faut savoir que la licence d'utilisation des logiciels acquis par ce type de partenariat devient caduque à la fin des études de l'élèves. Les licences ne sont plus gratuites à partir de ce moment là, ni pour l'élève, ni pour son futur employeur. Pour une licence offerte, il y aura forcement une licence achetée, ou un pirate de plus... Il faut avouer que vu sous cet angle, l'offre est moins alléchante. Avec les logiciels libres il n'y a aucune méprise sur le but de la gratuité. Il est et restera gratuit sans limite de temps (Liberté 0)
Assouvir la curiosité des étudiants qui veulent comprendre le fonctionnement des programmes, encourager la recherche et participer à le faire progresser. Savoir 'bien' programmer ne s'apprend pas dans les manuels de référence, mais en étudiant beaucoup de code existant, et en écrivant aussi beaucoup. Les logiciels libres permettent de type d'approche.
L'entraide. L'université a une mission sociale d'enseigner la citoyenneté et l'habitude d'aider son voisin. Le modèle de communauté d'utilisateurs des logiciels libres est un support idéal pour enseigner ce type de notion.

RMS, saint de l'église Emacs

Pour clore la 'cérémonie', RMS revêt sa tunique de saint de l'église Emacs, église qui n'oblige pas au célibat, église sans dieu mais constituée uniquement de saints. RMS invite alors chacun à devenir saint de cette église, simplement en récitant son principe fondamentale : "Il n'y a qu'un seul système d'exploitation appelé GNU, et Linux est un de ces noyaux". Sous les applaudissements de la salle, RMS sort ses goodies, servant au financement de la Free Software Fondation, dont des autocollants fort sympathiques pour participer aux luttes de la fondation pour le développement des logiciels libres.
Les stickers de la fondation

La page dédiée à la conférence permet de revoir la vidéo de l'événement. Un grand merci à Jérome Alet et Régis Desneulin pour la diffusion en direct, ainsi qu'au Centre de ressources Informatique de l'Université de Nice Sophia Antipolis pour la bande passante.

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